Réflexions sur le jeu et la symbolisation chez l'enfant

 

  1521Je souhaiterai partager ici la réflexion que j’ai développé autour du jeu et de la symbolisation lors d'une expérience de stage de 5 mois en hopital pédopsychiatrique.

La richesse de ce stage a été à la hauteur des bouleversements et remises en question qu’il m’a donnée de vivre. Confrontée d’emblée, sans tiers, à la rencontre clinique avec l’enfant, j’ai tout d’abord pris de « plein fouet » la psychopathologie, face à laquelle je me suis sentie désemparée. C’est dans cette brèche ouverte qu’a démarré ma réflexion. J’ai commencé par questionner la place que j’occupais auprès de l’enfant en entretien : Quel est le sens de cette place? Quel est mon rôle ? Que suis-je pour l’enfant ? Qu’est-il pour moi ?  

Ces questions m’ont rapidement amené à interroger la fonction du jeu qui tient une place privilégiée dans le travail thérapeutique de mon institution d'acceuil. C’est en articulant ces différents questionnements que j’ai pu lentement creuser des sillons dans ma réflexion.

L’exploration du jeu comme média m’a aidée à trouver dans l’espace de la rencontre cette place que je cherchais. Je me proposerai ici de développer quelques pensées que mon cheminement m’a permis de « défricher ».

 

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           Dès son plus jeune âge, l’enfant utilise le jeu pour symboliser ce qu’il vit. C’est ce qu’a montré Freud par l’observation de son petit fils à travers le jeu maintenant bien connu du « Fort Da ». Là où l’épreuve de réalité met l’enfant dans en position passive face aux aléas de l’existence, avec ses impératifs de séparation, de frustration et d’angoisse, il peut à travers le jeu renverser la tendance en reprenant un rôle actif. Cela lui permet de se réapproprier son vécu en le mettant en scène et en le répétant d’une manière qui lui permette de l’élaborer. Ainsi, l’enfant utilise le jeu pour chercher des tentatives de résolution à ce qu’il vit. Cette fonction de symbolisation du jeu est absolument essentielle car l’enfant n’est pas encore en mesure, comme l’adulte, d’utiliser le langage pour symboliser. Par le jeu, il lui est donné de symboliser ses expériences, agréables comme désagréables et de rejouer ainsi les scénarios qui ont suscité autant son plaisir que déplaisir. Le jeu dépasse alors l’aspect strictement ludique et revêt une place fondamentale dans son développement, rendant même son absence alarmante.  

 

          Si jouer est fondamental, quelle place lui accorder en psychothérapie d’enfant ? Winnicott (1971) nous dit : « jouer est une thérapie en soi (…) une psychothérapie en profondeur peut être conduite sans travail interprétatif ». On peut alors se demander quel est rôle du thérapeute : doit-il  interpréter ou verbaliser les problématiques qui président à la rencontre?  Ou doit-il se concentrer sur la mise en place du jeu de l’enfant et l’y accompagner ? Quelle différence pour l’enfant de jouer en thérapie ou dans sa vie quotidienne ?   

         Selon J.P. Klein (2003), l’intérêt du jeu, lorsqu’il est « mis en scène dans un projet thérapeutique » est qu’il va venir opérer un « déplacement dans l’ordre de la création symbolique ». De plus, le cadre thérapeutique et la présence bienveillante du thérapeute vont permettre à l’enfant une expression plus authentique de ses conflits psychiques. Cela m’a permis de comprendre que le rôle du thérapeute ne se circonscrit pas à celui d’un observateur : accompagner le jeu de l’enfant dépasse de loin une position passive. Cela demande de mobiliser des capacités de contenance et d’accueil inconditionnel tout en maintenant le cadre nécessaire au travail de symbolisation. Ainsi, jouer avec l’enfant, même lorsque que celui-ci ne nous octroie pas un rôle participatif dans son jeu, ne se limite pas à une position de témoin, mais surtout à un travail sur la contenance et l’enveloppement de la mise en acte de l’enfant.

 

            Si l’enfant invite le thérapeute à participer, celui-ci pourra pénétrer dans cette aire transitionnelle et y interagir avec l’enfant, en restant néanmoins vigilant aux mouvements transféro-contre-transférentiel en jeu. Mais il doit bien se garder de précéder l’enfant dans son élaboration. Ainsi, « ce qui importe, ce n’est pas tant le savoir du thérapeute que le fait qu’il puisse cacher son savoir ou se retenir de proclamer ce qu’il sait » (Winnicott, 1973).

             C’est là une difficulté que j’ai pu expérimenter : accompagner l’enfant dans sa symbolisation nous demande de lâcher notre désir de toute puissance du savoir pour plonger avec l’enfant dans son univers, tel qu’il souhaite nous y immerger et non pas tel que nous désirons y entrer en empruntant les chemins de nos propres hypothèses interprétatives. En cela, le jeu est un média éminemment respectueux de l’enfant, de sa subjectivité et de son rythme propre.

 

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           Le jeu parait donc avoir une grande place dans le développement de l’enfant, mais aussi dans le cadre thérapeutique où sa force élaboratrice vient catalyser la symbolisation. C’est un média par lequel enfant et thérapeute peuvent entrer en contact. En métacommuniquant sur le jeu, le thérapeute peut dans une certaine mesure éviter la « violence de l’interprétation » (Piera Aulagnier, 1975). Le jeu reste un outil qui octroie à l’enfant la place centrale qui lui revient dans le travail thérapeutique, lui permettant de symboliser son vécu par le biais d’un média qui lui « parle » et par lequel il peut alors parler. Pour l’enfant, l’inconscient est un savoir qu’il ne sait pas qu’il sait. Il s’agit alors d’accuser réception de ce savoir inconscient et d’accompagner l’enfant dans la découverte de son exploration. Mais pour cela, il faut apprendre à taire sa donne personnelle pour permettre à l’enfant d’élaborer la voie qu’il choisit pour traiter ses symptômes. Ce sont autant de défis que pose la psychothérapie d’enfant, dont cette expérience de stage m’a donné de saisir certains enjeux insoupçonnés et passionnants…

 

Bibliographie


  • Aulagnier P. (1975). La violence de l’interprétation. Paris : PUF
  • Freud, S. (1920). Au-delà du principe de plaisir. Paris: PUF.
  • Winnicott, D.W. (1971). Jeu et réalité. Paris : Gallimard.
  • Klein, J.-P. (2003). La psychothérapie de l’enfant : la symbolisation accompagnée. Annales Médico-Psychologiques 161-101,107
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